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Eau, énergie et alimentation : trois systèmes, une seule vulnérabilité. Le Groupe de Travail Transition Verte de la CCIFER a débattu du nexus Water–Energy–Food

Le 5 novembre 2026, le Groupe de Travail Transition Verte de la CCIFER s’est réuni autour du thème « Water–Energy–Food Nexus : interdépendances et vulnérabilités systémiques ». La rencontre a été accueillie par TotalEnergies Marketing Romania, à Bucarest. Vincent Meney, General Manager de TotalEnergies Solutions Intégrées, a souhaité la bienvenue aux participants, membres du groupe de travail issus de différents secteurs d’activité. Leur diversité reflétait précisément le sujet de la rencontre : l’interdépendance entre des domaines traditionnellement abordés de manière séparée.
Les échanges sont partis d’un constat de plus en plus difficile à ignorer : l’eau, l’énergie et la sécurité alimentaire ne peuvent plus être gérées séparément. Toute décision ou vulnérabilité affectant l’un de ces systèmes se répercute directement sur les autres, avec des conséquences sur l’économie, les communautés et la résilience des villes. Pour la Roumanie, le lien entre l’eau et l’énergie en est l’exemple le plus évident. La production d’énergie dépend de l’eau, tandis que le captage, le traitement et la distribution de l’eau nécessitent, à leur tour, d’importantes quantités d’énergie.
Les intervenants ont abordé le sujet sous deux angles complémentaires : la sécurité des ressources et l’énergie, d’une part, et les systèmes alimentaires et la résilience urbaine, d’autre part.
Andrei Covatariu (Energy Policy Group, Atlantic Council) : le nexus eau–énergie est devenu un enjeu de sécurité européenne
Lors d’une intervention vidéo depuis Bruxelles, Andrei Covatariu a souligné que le lien entre l’eau et l’énergie n’est pas un sujet nouveau, mais qu’il s’est imposé à l’agenda des dirigeants européens après un été durant lequel les sécheresses et les vagues de chaleur ont exercé simultanément une pression sur les cours d’eau et les réseaux électriques.
Les centrales hydroélectriques ont produit moins d’électricité en raison de la baisse du niveau des eaux. Les centrales au charbon et au gaz ont enregistré des rendements inférieurs en raison des températures élevées. En Allemagne, le faible niveau du Rhin a limité le transport fluvial du charbon, tandis que l'insuffisance des débits a entraîné l’arrêt de certains réacteurs nucléaires. Le problème de fond réside dans le fait que ces vulnérabilités surviennent simultanément, précisément au moment où la demande énergétique est élevée.
Pour la Roumanie, le cas de la centrale nucléaire de Cernavodă est particulièrement révélateur : le débit d’eau a été insuffisant pour assurer un fonctionnement normal pendant environ deux mois. La conclusion est claire : des investissements dans des solutions alternatives de refroidissement sont nécessaires. Des financements spécifiques sont déjà prévus pour garantir le débit d’eau nécessaire aux futurs réacteurs 3 et 4.
La centrale hydroélectrique de pompage-turbinage de Tarnița, malgré son coût élevé, a également été évoquée comme un investissement à envisager, puisqu’elle fonctionne avec un volume d’eau relativement constant.
Andrei Covatariu a également averti qu’un hiver « moyen » peut aussi se traduire par des précipitations insuffisantes et, par conséquent, par un nouveau déficit hydrique au printemps et à l’été prochains.
Il a rappelé qu’à Bruxelles, le sujet est de plus en plus considéré comme une question de sécurité, notamment à travers le nouveau plan européen de résilience climatique et le plan de lutte contre les vagues de chaleur (European Heatwave Plan). Les villes peuvent elles aussi contribuer à la solution grâce à des bassins de rétention et à des infrastructures vertes capables de retenir les eaux pluviales.
Roxana Maria Triboi (Bucharest Food Conversations) : qui reçoit l’eau et à quel moment ?
Roxana Maria Triboi a orienté les échanges vers le système alimentaire, responsable d’environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’agriculture représente 72 % des prélèvements mondiaux d’eau douce, tandis qu’environ 80 % de l’énergie fossile utilisée dans le système alimentaire est consommée après la sortie de la ferme, dans les activités de transformation, de commerce et dans les cuisines. Les indicateurs du cycle de l’eau, tant pour les débits des cours d’eau que pour l’humidité des sols, ont déjà dépassé les limites planétaires.
S’appuyant sur l’expérience française, elle a présenté plusieurs exemples concrets d’adaptation.
Le programme AP3C, dans le Massif central, travaille directement avec les agriculteurs afin d’anticiper les sécheresses et de diversifier les ressources fourragères. Sur la rivière Allier, l’eau potable, l’irrigation, l’industrie et les écosystèmes sont en concurrence pour accéder à une même ressource durant les mois de faibles débits. Dans la Limagne Noire, les eaux usées traitées permettent d’irriguer 750 hectares cultivés par 55 agriculteurs.
Les conflits autour des réserves d’eau de Sainte-Soline montrent toutefois que, sans dialogue territorial, la gestion de l’eau peut devenir une source de tensions sociales.
Son message à l’attention des entreprises et des autorités est clair : les contrats avec les agriculteurs peuvent permettre de partager le risque climatique, tandis que les politiques locales doivent aborder conjointement les enjeux de l’eau et du foncier, en protégeant les sols perméables et les terres agricoles situées autour des villes.
Anca Călimăneanu (Veolia România Soluții Integrate) : des solutions intégrées et inscrites dans le long terme
Anca Călimăneanu a apporté le point de vue d’un opérateur d’infrastructures. La disponibilité de l’eau est devenue une ressource stratégique pour la croissance économique, la sécurité des opérations industrielles et l’attractivité des investissements. L’industrie représente environ 40 % de la consommation d’eau en Europe.
Parmi les principales pistes d’action présentées :
- la réduction des pertes dans les réseaux ;
- la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation, les usages industriels et la recharge des nappes phréatiques ;
- la modélisation de la ressource en eau, comme outil de planification des travaux et des cultures agricoles ;
- la récupération de l’énergie à partir de l’eau, grâce à la production de biogaz issu des boues des stations d’épuration, à la micro-hydroélectricité et à la récupération de la chaleur des eaux usées.
Anca Călimăneanu a également insisté sur l’importance de sensibiliser à une gestion responsable des ressources. Les infrastructures modernes et les technologies ne suffisent pas sans un changement des comportements. La prise de conscience de la valeur de l’eau et de l’énergie doit concerner tous les utilisateurs, des entreprises et des autorités jusqu’aux citoyens.
Et maintenant ?
Les trois interventions ont abouti à la même conclusion : la résilience se construit grâce à la coordination entre les secteurs, entre les autorités et les entreprises, mais aussi entre les villes et les zones agricoles qui les entourent.
Les échanges ont été modérés par Roxana Chiș (Romcarton Ambro), coordinatrice du Groupe de Travail Transition Verte.