Portraits
Ioana Breazu : « Les 30 prochaines années signifient des générations entières qui ne manqueront plus ni l’école, ni la vie. »

Interview avec Ioana Breazu, Communication & Fundraising Manager, Edu Act
Comment percevez-vous les changements et les tendances actuelles dans l’industrie ou le domaine dans lequel vous évoluez ?
Le secteur des ONG reste un segment qui a encore besoin de beaucoup d’éducation auprès du grand public. Je me souviens d’une étude réalisée il y a quelques années, dont la conclusion était que les Roumains donnent de l’argent au mendiant au coin de l’église pour deux raisons : ils ressentent l’auto-validation du bon geste qu’ils ont accompli et ils savent avec certitude où va leur don.
C’est une leçon qui nous montre que nous n’avons pas encore pleinement compris qu’une ONG a pour rôle d’être un lien entre le système public ou privé et les besoins urgents de la société, qu’il s’agisse d’éducation, de santé ou d’environnement. Je crois fermement que le rôle d’une ONG est d’être un partenaire à la fois du secteur privé à but lucratif, qui dispose des ressources nécessaires, et du secteur public, qui est souvent une structure lourde et qui ne parvient pas à couvrir tous les manques.
Sans aucun doute, l’un des changements que je constate est la nécessité de cultiver un état d’esprit ouvert, fondé sur le partenariat, sur l’idée de « construire ensemble » et de changement collectif.
Quels sont vos projets et initiatives pour la période à venir et quels défis anticipez-vous ?
Au cours des trois années qui ont suivi la fondation d’EduAct, nous avons développé trois programmes, équipé une école avec des espaces verts, une aire de jeux et un terrain de sport, aménagé un laboratoire informatique, construit un centre multifonctionnel et assuré des repas chauds pour les élèves du primaire. La période à venir sera consacrée à la consolidation des programmes afin de générer un impact mesurable, et nous nous sentons prêtes pour notre première campagne de communication, sous le slogan « Leurs années d’absence nous manquent à tous ».
Le décrochage scolaire ne se produit pas du jour au lendemain. Un enfant manque une journée, puis une semaine, ensuite une année. Et ensuite, il manque à la vie professionnelle. Nos programmes ont pour objectif de prévenir l’absentéisme scolaire, grâce à un effort soutenu de notre part, mais aussi de celle de nos partenaires. « Héros du futur », le programme destiné aux élèves du primaire, affiche un taux de présence de 100 %. C’est un élément qui nous aide à renforcer le programme également du point de vue des connaissances acquises, afin que ceux qui passent au cycle du collège ne deviennent plus des analphabètes fonctionnels.
Si vous deviez choisir un projet ou une initiative qui définit l’esprit de votre organisation, lequel serait-ce et pourquoi pensez-vous qu’il a un impact remarquable sur les entreprises ou le marché ?
Nous rencontrons souvent des entreprises qui disent ne pas trouver de personnel, notamment dans le segment des « blue collar ».
Je vais donner un exemple. La première communauté dans laquelle nous sommes intervenus et où nous menons toujours des programmes se situe à environ 20 minutes de Bucarest. Sur une population de 4 178 personnes, seules 88 ont fait des études universitaires et 498 ont terminé un lycée ou une école professionnelle. Les autres n’ont que 4 ou 8 classes et ne sont pas qualifiées pour le marché du travail.
La mission d’EduAct est « chaque enfant, 12 classes », ce qui se traduit par : la création de main-d’œuvre qualifiée, un impact économique et un bien-être au niveau personnel et communautaire. Dans ce sens, nos programmes sont conçus dans la continuité : nous posons les bases de la littératie dans le programme destiné aux classes 1 à 4, nous poursuivons avec la littératie numérique en classes 5 à 8 et nous organisons des séances bimensuelles d’orientation professionnelle pour les lycéens. Au total, nous travaillons avec plus de 1 400 bénéficiaires, à un rythme bihebdomadaire ou bimensuel, selon le programme.
Comment définissez-vous une communauté d’affaires qui compte pour les dirigeants d’aujourd’hui ? Quel rôle pensez-vous que joue la CCIFER dans votre vision en tant que partenaire business ?
La durabilité est devenue un pilier de plus en plus important pour de nombreuses entreprises. Faire un don ne signifie plus seulement faire le bien, mais développer un mécanisme stratégique ayant un impact à moyen et long terme. Le fait que des ONG soient également présentes au sein des communautés d’affaires démontre que nous comprenons que le secteur non lucratif est un partenaire du secteur lucratif, avec un rôle d’impact dans les communautés et une valeur ajoutée réelle.
Pour nous, la CCIFER est un environnement dans lequel nous souhaitons construire des partenariats durables, aux côtés de personnes prêtes à apporter leur expertise dans notre univers et, ensemble, à développer des programmes à impact mesurable.
Quelle pensée pour les 30 prochaines années ?
C’est une question très audacieuse. La technologie, l’intelligence artificielle, l’éducation numérique – tout cela deviendra des outils courants dans le processus d’apprentissage, même dans les villages les plus isolés. Dans 30 ans, j’aimerais que notre impact se reflète dans les statistiques, mais surtout dans les personnes : des adultes issus des générations soutenues par EduAct, qui sont aujourd’hui des parents, des professionnels et des citoyens actifs.